Autisme : un espoir de traitement ?

(10/02/2014 - metronews.fr)
Après avoir compris qu'un taux de chlore anormalement élevé était responsable de certains cas d'autisme, des chercheurs de l'Inserm sont allés plus loin dans leur découverte en trouvant comment ce phénomène était déclenché. Une véritable piste pour un traitement précoce.



Jake May/AP/SIPA



Un nouveau cap franchi dans la compréhension de l'autisme. Les diurétiques, ces médicaments qui augmentent l'élimination d'eau et de sel par le rein, seraient la clé d'un traitement contre l'autisme. A l'origine de cette découverte, une récente étude de chercheurs de l'Inserm publiée dans la revue Science. Ces derniers y démontrent que les personnes autistes ont un niveau de chlore beaucoup trop élevé dans leur cerveau. Plus précisément, c'est un taux de chlore anormalement élevé dans les neurones pendant l'accouchement qui serait à l'origine de la maladie.

La communauté scientifique s'accorde déjà sur l'origine précoce de l'autisme, au stade fœtal et/ou postnatal. Tous les fœtus ont des taux élevés de chlore pendant la phase embryonnaire avant une baisse naturelle de ce taux. Mais dans certaines pathologies cérébrales (épilepsies infantiles…) les niveaux de chlore restaient anormalement élevés. Les chercheurs ont donc voulu vérifier cette hypothèse pour le cas de l'autisme. En 2012, ils ont mené une étude sur soixante enfants, âgés de 3 à 11 ans, atteints d'autisme.





© West Coast Surfer / Moo/REX / SIPA



La naissance, période charnière

L'étude avait permis de montrer que l’administration à ces enfants autistes d’un diurétique, qui a aussi la propriété de réduire les taux de chlore dans les neurones, leur était bénéfique. Mais ils n’avaient pas réussi à comprendre les raisons de ce taux anormalement élevé. Lors de leur nouvelle étude, ils ont enregistré pour la première fois sur des souris saines et autistes l'activité de leurs neurones au stade embryonnaires et immédiatement après la naissance. Le but était de savoir à quel moment exact le taux de chlore se modifiait.

Chez les souris saines les niveaux chutaient bien naturellement lors de l'accouchement. Mais chez leurs congénères atteints d'autisme, ces niveaux restent anormalement élevés avant et après la naissance. Avec d'autres souris autistes, les chercheurs ont alors administré un traitement diurétique à la mère 24 heures avant l'accouchement. Non seulement le niveau de chlore a chuté, mais cela a permis de restaurer une activité cérébrale quasi normale chez les descendants jusqu'à l'âge adulte.


L’ocytocine, traitement naturel

Comment expliquer ce phénomène ? La réponse se trouve dans l'ocytocine, l'hormone qui déclenche le travail de l'accouchement : c'est elle qui agit comme un diurétique naturel en abaissant le taux de chlore. Des expériences où cette hormone était bloquée chez des souris normales ont bien montré que leurs portées présentent des taux de chlore élevés et donc un comportement autistique. Chez les femmes, cette hormone peut être moins présente pendant des accouchements difficiles ou des complications pendant la grossesse.




F.M.




"Ces données valident notre stratégie thérapeutique et suggèrent que l’ocytocine agissant sur les taux de chlore pendant la naissance contrôle l’expression du syndrome autistique" affirme Yehezkel Ben-Ari, principal auteur de l'étude. Faute de moyen pour dépister l'autisme chez le fœtus humain, il n'est actuellement pas possible de traiter le bébé avant la naissance. Mais plus un diagnostic sera précoce, plus il sera possible de mettre en place un traitement chez l'enfant qui permettrait de réduire le plus tôt possible la sévérité de cette maladie.



Alexandra Bresson
Metronews.fr